CRÉDIT : ARCHIVES

La présidente du conseil central Québec-Chaudière-Appalaches de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Ann Gingras, commente dans cette lettre ouverte la situation du Chantier Davie.

Chantier Davie : un peu de volonté politique s’impose

 La semaine dernière, les travailleurs et les travailleuses de Chantier Davie ont livré le premier de trois brise-glaces prévus dans un contrat obtenu en août dernier. Il s’agit du premier brise-glace acquis par la Garde côtière canadienne depuis 25 ans. La nouvelle, somme toute heureuse, ne doit pas nous faire perdre de vue que 2018 fut une année extrêmement difficile pour le chantier de Lévis et qu’un sérieux coup de barre s’impose.

Depuis un an et demi, le nombre de personnes travaillant à Chantier Davie est en chute libre. De 1 500 salarié-es, au plus fort des travaux sur l’Astérix, on est passé à moins de 50 la semaine dernière. Tout le monde le sait, les installations du plus grand chantier maritime du Canada sont nettement sous-utilisées. La valse des millions peut sembler impressionnante, mais elle se traduit par très peu d’emplois. En effet, depuis sa relance, le gouvernement fédéral n’a donné à l’entreprise que des contrats de conversion, d’entretien ou de réparation. Les seuls contrats de construction sont venus du gouvernement du Québec.

L’élection du gouvernement Trudeau et l’ouverture manifestée au début de l’année 2018 par le premier ministre avaient pourtant alimenté l’espoir que l’on corrige enfin l’injustice historique subie par le chantier de Lévis. On le sait, même s’il dispose de la moitié de la capacité de production du pays, même si le Québec représente 23 % de la population de la fédération, Chantier Davie n’a obtenu à ce jour que 2 % des contrats de construction du gouvernement fédéral.

La Stratégie nationale de construction navale, dont Chantier Davie a été exclu, devait assurer le développement de l’industrie maritime au Canada et le renouvellement de la flotte fédérale. Considérant les nombreux dépassements de coûts, les retards à répétition et le fait qu’aucun navire n’a encore été livré depuis huit ans, cette stratégie est un échec retentissant. C’est un scandale économique et un désastre de gestion des fonds publics de près de 100 milliards.

Au moment d’écrire ces lignes, le Canada n’avait toujours qu’un seul navire de soutien militaire de classe Resolve, l’Astérix, alors que les plans de la Marine en prévoyaient quatre à l’origine. Les autres navires ont bel et bien été commandés en 2011, mais leur livraison est systématiquement reportée et leurs coûts ne font que monter. On parle aujourd’hui de 2023 au plus tôt, avec un risque de retard supplémentaire, ce qui fait dire aux spécialistes de l’industrie qu’une livraison du premier navire de soutien interarmées est impossible avant 2026. Pourtant, malgré le fait que l’Astérix ait été en opération continue à l’international depuis son lancement il y a un an, effectuant pas moins de 138 opérations de ravitaillement et méritant les éloges de la part du personnel de la Marine royale et de nos partenaires de l’OTAN, la bureaucratie fédérale nie encore le besoin d’un second navire de soutien comme le proposait la Davie à la lecture des documents mêmes de la Marine royale et préfère faire appel à d’autres pays pour s’approvisionner.

L’Astérix a fait ses preuves comme étant l’un des meilleurs navires ravitailleurs au monde, mais il sera surchargé pendant au moins les sept prochaines années. Il est pourtant clair qu’il faut un deuxième navire de soutien. Un simple examen effectué par une tierce partie du calendrier de livraison des navires de soutien commandés confirmera que l’Obélix est indispensable. Si l’Allemagne possède trois navires de soutien similaires afin de protéger ses 2 389 km de ligne côtière, comment le Canada sera-t-il en mesure de protéger ses 202 080 km avec seulement deux navires?

En mai 2017, le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense a exigé à l’unanimité que le gouvernement se procure un deuxième navire ravitailleur intérimaire. En juin 2017, le Comité permanent de la Défense de la Chambre des communes a exigé à l’unanimité que le gouvernement se procure un deuxième navire ravitailleur intérimaire. Ces deux comités sont contrôlés par des majorités libérales. Qui, à Ottawa, tient le pied fermement sur le frein?

Chantier Davie a fait ses preuves avec l’Astérix et pourrait livrer un second navire de soutien, l’Obélix, dans un délai de 18 mois et à un coût raisonnable. Cela répondrait aux besoins de la Marine royale, que la situation actuelle handicape sérieusement, tout en permettant au chantier de maintenir ses opérations et rappeler ses travailleurs et ses travailleuses rapidement.

Pour 2019, nous souhaitons aux élus québécois du Parti libéral du Canada de trouver le courage et la volonté politique de confronter une fois pour toutes les ennemis de la Davie dans l’appareil bureaucratique fédéral, particulièrement à la Défense nationale en la personne du sous-ministre adjoint. Le gagne-pain de milliers de travailleuses et de travailleurs québécois dans des centaines d’entreprises en dépend et c’est tout simplement une question de respect et d’équité pour le Québec. Laisser perdurer une injustice, c’est l’endosser!

Ann Gingras, présidente
Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN)

 

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