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À l’aube de Noël, l’auteure lévisienne Brigitte Allard nous propose un conte de circonstance. Bonne lecture!

Par Brigitte Allard – Collaboration spéciale

Il a plu toute la nuit. Un 24 décembre! Et le temps va refroidir. Assis dans mon salon, j’observe pour la énième fois le dessin au crayon-feutre. «Tiens Jean, ton cadeau de Noël!», m’a dit le petit Léo le dernier jour d’école. Léo traverse au coin des rues Desbiens et Lemay depuis mes débuts comme brigadier scolaire, il y a trois ans. Une seconde passion pour un policier retraité.  

Le dessin de Léo me surprend. Pas à cause de mon ventre trop gros, mais parce qu’il a dessiné Claire. Il a mis un cœur entre nous deux et a même écrit : «Smack!». Je me      dis : «C’est si évident que ça?». 

Claire enseigne à Léo cette année. Elle habite sur la rue Desbiens et passe devant mon arrêt tous les jours pour se rendre à l’école. Nous nous parlons depuis la fin septembre. Un jour, Léo m’a avoué : «Claire est mon enseignante préférée, même si elle est un peu vieille.». J’ai ri et lui ai demandé :  «Et moi, suis-je vieux?». Il a répondu : «Un dinosaure!». Maintenant que je connais Claire, je comprends pourquoi Léo l’aime bien.

J’ai tellement été idiot! Avant les Fêtes, Claire m’avait confié être seule le 24 décembre. Je ne savais pas trop si elle disait cela dans l’intention de me voir. On ne s’est jamais donné de rendez-vous. Je n’ai rien dit, même si je suis seul aussi.  Ma fille et mes petits-enfants arrivent demain. 

Enfin, la neige commence à tomber! Le bon moment pour sortir. Je m’habille vite. Une fois dehors, j’emprunte le trottoir glacé. Pas très habile avec mes bottillons de suède. Un brigadier sans ses semelles à crampons!   Je me dirige vers la rue Desbiens.  Je pourrais ajouter inconsciemment, mais je mentirais.  Je parcours plusieurs fois la rue, avant de m’arrêter devant la maison en briques rouges.  D’immenses flocons lumineux sont accrochés à la galerie. Je reste là, immobile.

Soudain, j’aperçois Claire par la fenêtre.  Elle me fait un signe de la main. Trop content de la voir, je m’aventure dans son entrée. Et vlan! Je tombe sur les fesses! Même si je ne l’entends pas, Claire rit. Elle est pliée en deux comme le dessin de Léo dans la poche de mon pantalon.

Elle ouvre la porte: 
 - Es-tu blessé Jean? 
 - Nonon!

Nono! Oui, je suis blessé! Dans mon orgueil de brigadier scolaire. D’habitude, j’empêche les autres de tomber. 

- Entre donc! 

Je me relève. Heureux d’entrer dans sa maison. 

- Tu es chanceux! Je t’ai reconnu sans ton dossard jaune fluo. 

Claire prend mon manteau.

- Ça fait drôle de se voir sans les enfants, dit-elle.

- C’est vrai.

Avec les jeunes qui traversent à mon coin de rue tous les jours, nous formons quasiment une famille.  

- J’arrive du marché de Noël allemand, poursuit Claire. Prendrais-tu un café et des bretzels tout chauds? 
- Sûrement!

Dans la cuisine, Claire saupoudre son café d’éclats de bonbons et moi, je croque dans un bretzel. Sur son réfrigérateur, j’aperçois des dessins de Noël. Sûrement les élèves de sa classe. Tout à coup, je vois le dessin que lui a donné Léo.  Je n’en reviens pas.  Je fouille dans la poche de mon pantalon et lui montre le mien. Léo nous a offert le même dessin! Ou presque…Sur le sien, mon ventre paraît moins gros! Claire murmure :  

- Léo est un garçon brillant. 

Smack! Nos bouches goûtent sucré salé. J’adore les bretzels à la canne de Noël! 

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