Stationnés un peu partout dans le Saint-Laurent, les bateaux-phares étaient autrefois les yeux des navigateurs qui devaient faire face à l'imprévisible fleuve et ses défis. Pan de l'histoire peu connue du public, le consultant maritime lévisien Jean-Pierre Charest et son acolyte, le capitaine Jean Cloutier, tentent ainsi d'éclaircir le mystère de ces navires dans Les bateaux-phares du Saint-Laurent en aval de Québec, 1830-1963, paru à la mi-octobre aux éditions du Septentrion.

Par Raphaël Lavoie
raphaellavoie@journaldelevis.com

«Ça n'a jamais été abordé comme sujet. Même l'historien officiel de la Garde côtière canadienne n'avait que deux pages sur le sujet dans son volume. Ce sont des gens qui sont tombés dans l'oubli», affirme d'emblée Jean-Pierre Charest.

En ce sens, c'est justement ce désir d'en découvrir plus sur le sujet qui a poussé le consultant maritime dans cette aventure documentaire de longue haleine. 

Parce que même si son coauteur Jean Cloutier travaillait déjà sur le projet depuis deux ans, l'ouvrage a nécessité encore quatre autres années d'effort pendant lesquelles Jean-Pierre Charest et son collègue ont épluché maintes archives et enchaîné les entrevues avec les derniers marins des bateaux-phares québécois ou encore avec leur famille.

«Ça a été l'aspect le plus agréable de notre travail. Ces gens-là ont raconté leur histoire à leur façon et on a transcrit intégralement nos conversations avec eux, confie le Lévisien. On a la fierté d'assurer aux gens qu'on a rencontrés qu'on va assurer la pérennité de leurs souvenirs.»

De plus, ces entrevues permettent aux auteurs de partager avec le public non seulement les particularités techniques des bateaux-phares et les défis nautiques que devaient affronter leurs équipages, mais aussi les épreuves humaines auxquelles étaient confrontés ces marins immobiles.

«Ces gens-là étaient à l'ancre en permanence, soumis à tous les temps, soumis à l'ennui, loin de leur famille et pas très bien nourris au début. […] Il y avait un isolement. Les plus chanceux avaient un rapprochement visuel, à l'aide de jumelles ils pouvaient apercevoir leurs enfants jouer sur la terre familiale, mais c'était très rare», explique l'auteur.

De ce fait, ce dernier ajoute que même si le métier était de nature plutôt statique, il comportait aussi une bonne part de dangers.

«Il y avait la hantise d'être frappé par les navires. À l'époque, on ne parle pas de radar ou de cartes électroniques. Tout ce qu'ils avaient, c'était un signal sonore pour se signaler et se faire entendre. Pour se faire voir, le feu n'était à peu près pas visible dans la brume. C'est arrivé souvent qu'ils se fassent frapper et, dans un cas, carrément couler», soulève-t-il.

Gorgé d'illustrations, dont certaines de Jean-Pierre Charest, Les bateaux-phares du Saint-Laurent en aval de Québec, 1830-1963 sera présenté lors de nombreux salons du livre à travers la province au cours de la prochaine année. 

L'ouvrage est par ailleurs disponible dès maintenant en librairie aux éditions du Septentrion.

Crédit photo ci-dessus : Secteur des archives privées de la Ville de Lévis

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