La captation des spectacles en salle est une alternative aux représentations publiques. - CRÉDIT : AUDE MALARET

Devant un parterre de sièges vides, les comédiens se donnent la réplique. L’un des spectacles à l’affiche cet été dans la programmation du Théâtre ambulant, présentée par la Ville de Lévis, est en cours de captation sur la scène de L’Anglicane.

À l’entrée, des masques et du gel désinfectant. Pour pénétrer à l’intérieur, il faut se couvrir le visage ou porter une visière. Dans la salle de spectacle lévisienne, seule l’équipe technique est présente. Installés aux quatre coins, caméraman, photographe, techniciens à la lumière et au son enregistrent dans le silence le plus total et sans applaudissements En attendant la diligence, une production pour la jeunesse de la compagnie Marie-Stella.

«On a l’habitude d’interagir avec le public. Notre spectacle est très interactif, puisqu’il est pour des enfants assez jeunes. On les fait participer, on les fait chanter, on les fait bouger. Je crois qu’on va pouvoir le faire aussi à la maison, mais on a adapté», explique Benoît Bordage, musicien et amuseur public.

S’adapter, les artistes en ont l’habitude, puisqu’ils le font déjà selon l’âge des spectateurs. «Devant un public très jeune, on les fait plus bouger, mais devant des jeunes de quatrième ou cinquième année faire des grosses faces, ça marche moins. On utilise leurs références», explique le musicien.

Face à une salle vide, «c’est plus difficile d’aller chercher l’énergie», reconnaît son complice sur scène, Pascal Pico Larouche, conteur et musicien. Et de poursuivre, «dans le spectacle, je vais dans le public, je parle aux gens, je pose des questions aux enfants. À un moment, je leur demande quel est leur repas préféré. Là, ça ne pourra pas arriver. On fait une captation et il n’y a personne.»

Reste le plaisir de jouer, qui est d’ailleurs partagé par l’équipe technique.  «On se sent revivre, partage Ézéchïelle Blais, à la tête de l’entreprise lévisienne Ézéchïelle Production. On sait qu’on va faire du bien à plusieurs personnes et divertir du monde qui est dans le besoin en ce moment. Ça passe le message que la vie continue.»

Alors, les comédiens mettent tout en œuvre pour recréer le lien direct qui unit la salle et les artistes dans les arts vivants. «Je vais parler directement à la caméra et aux gens à la maison, jouer avec la proximité, me rapprocher.» «Et l’équipe technique les soutient afin de garder l’essence de l’artiste, souligne la créatrice visuelle. Donc on s’adapte pour le mettre en valeur. On veut créer un univers.»

Privés de leurs revenus pour cause d’annulation des spectacles cet été, les artistes reçoivent pour l’instant une aide du fédéral. «Monétairement pour les prochains deux mois, ça va. Mais on perd notre été, et c’est un gros morceau qui ne rentre pas. Le plus difficile, c’est qu’aller sur scène, c’est ça qu’on aime faire. L’été, c’est notre plaisir. Ce sont trois mois remplis à être sur scène et voir les gens.»

La Ville de Lévis diffusera les spectacles d’été en ligne

Tous les grands rendez-vous culturels lévisiens ont été annulés cette saison en raison de la pandémie de COVID-19. Pour maintenir sa programmation culturelle estivale malgré l’interdiction de se rassembler, la Ville de Lévis diffusera en ligne ou à la radio les spectacles plutôt que dans les parcs du territoire.

C’est dans une nouvelle expérience que s’est lancé le Service des arts et de la culture. Par le fait même, c’est celle des spectateurs qui sera aussi bien différente cette année. Pour découvrir la programmation estivale, il suffira d’allumer son écran ou son poste de radio. Pas de chaises pliantes ni de scène installée à l’extérieur, c’est à la maison que ça se passe. 

«On n’était pas familier avec la diffusion numérique, raconte Nathalie Ouellet, chef du Service des arts et de la culture à la Ville. Mais on voulait vraiment trouver une alternative pour présenter nos séries de spectacles qui sont très populaires. Et, on tenait à ce que les artistes reçoivent leur cachet.» 

La programmation estivale a été enregistrée dans les salles des diffuseurs culturels lévisiens qui ont collaboré au projet, le Vieux Bureau de Poste et L’Anglicane. Les spectacles seront diffusés sur la plateforme en ligne selon l’horaire habituel, lepointdevente.com, les lundis et mardis (6-7, 13-14, 20-21 et 27-28 juillet), à 19h, pour le Théâtre ambulant, et les mercredis (8, 15, 22 et 29 juillet), à 19h pour les Mercredis courant d’airs.

Les Matinées classiques pourront être écoutées les dimanches (9, 16 et 23 août), à 10h30 sur les ondes de Radio Classique Québec 92.7, un format qui correspond mieux aux besoins et aux habitudes des spectateurs, dont font partie de nombreuses personnes aînées. Seul le concert théâtralisé pour les 5 à 12 ans sera disponible en vidéo sur Internet (30 août). Plusieurs formules ont été évaluées avant de choisir ce mode de diffusion. Puisqu’il n’était pas possible de préserver les droits des artistes sur le contenu partagé sur les réseaux sociaux, l’option a été exclue. «Sur la plateforme, les artistes vont demeurer propriétaires de leur contenu», souligne Nathalie Ouellet.

Il a aussi fallu trouver un système qui permette de limiter les visionnements, puisque leur nombre a «un impact sur les cachets», précise-t-elle. Le budget dédiée à cette programmation estivale s’élève à 42 000 $ au total pour les trois séries, un montant équivalent aux années précédentes, car les frais de captation sont compensés par l’absence de coûts en sonorisation. 

Si les spectacles resteront gratuits, il sera nécessaire de réserver son billet via la plateforme lepointdevente.com. Chaque soir, 1 000 spectateurs pourront assister aux prestations, une jauge revue à la hausse, puisqu’habituellement ce sont autour de 500 personnes qui participent aux événements dans les parcs.

La programmation complète est en ligne au ville.levis.qc.ca/culture/a-votre-agenda.

 

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