Les femmes devant l’Assemblée nationale lors de la Marche du pain et des roses de 1995. CRÉDIT : COURTOISIE

Le comité Chaudière-Appalaches de la Marche mondiale des femmes a souligné le 27 mai dernier le 26e anniversaire de la tenue de la Marche du pain et des roses. Pour ce faire, l’instigatrice de l’événement, Françoise David, a offert une conférence virtuelle.

L’ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et instigatrice du projet, Françoise David, a partagé l’histoire de la marche avec les participantes lors de la conférence en ligne.

Rappelons que la Marche du pain et des roses s’est déroulée en 1995. Des centaines de Québecoises ont alors parcouru 20 kilomètres par jour pendant 10 jours, soit un total de 200 kilomètres, du 26 mai au 4 juin 1995. Elles souhaitaient la mise en place de mesures pour lutter contre la pauvreté et protéger davantage les droits des femmes.

Une idée et des femmes

Avant la marche de 1995, le mouvement des femmes a vécu des moments difficiles, s’est rappelée Françoise David.

Le massacre de la Polytechnique ainsi que la deuxième récession n’ont pas été de tout repos. À la suite de ces événements, les féministes ont gardé profil-bas. Certains médias les accusaient d’avoir causé les féminicides avec toutes leurs revendications. Elle ajoute que le mouvement féministe était mal perçu et que plusieurs femmes se trouvaient sous le seuil de la pauvreté.

«L’idée, on la doit à Martin Lutter King rien de moins et sa marche de 1963 où des milliers de personnes ont marché jusqu’à Washington.» L’idée de la Marche du pain et des roses avait alors été proposée au conseil d’administration de la FFQ.

«Je n’avais jamais vu un projet se mettre en route aussi rapidement. Si ça l’a fonctionné, c’est qu’on était rendu là. On avait besoin de se retrouver. C’était un besoin individuel et collectif», assure-t-elle.

Au départ, c’était deux contingents qui devaient participer à la Marche du pain et des roses. Les femmes qui participaient à la marche devaient partir de Montréal afin d’atteindre Québec, mais finalement, un troisième groupe de femmes a décidé de participer à l’événement et a amorcé son périple de Rivière-du-Loup.

L’événement avait été énormément médiatisé. À leur arrivée devant l’Assemblée nationale du Québec le 4 juin 1995, il y avait 18 000 personnes pour les accueillir ainsi que le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, et des ministres du gouvernement provincial.

Revendications

Cette mobilisation féministe avait pour but de mettre en lumière neuf revendications, concernant la pauvreté des femmes et leurs droits.

Quatre d’entre elles visaient l’amélioration des conditions de travail ainsi que l’équité tant au niveau salarial que pour les infrastructures sociales. Trois autres revendications favorisaient plutôt le soutien financier des étudiantes et des professionnelles ainsi que le dépôt direct des pensions alimentaires. Puis, il y avait la création de nouveaux logements sociaux et la réduction du temps de parrainage pour les femmes immigrantes parrainées par leur conjoint.

L’augmentation du salaire minimum a été retenue ainsi que l’équité salariale et la pension alimentaire. Des financements ont été obtenus pour des infrastructures sociales qui se sont développées sur plusieurs années. Il y a eu des emplois de plus pour les femmes. Le parrainage des femmes immigrantes a été diminué à trois ans plutôt que dix, et il y a eu l’ajout de nouveaux logements sociaux.

Impact régional

En plus des retombées provinciales de l’événement, la Marche du pain et des roses a aussi fait une différence dans la région. «Ce sont plus de 200 femmes qui ont marché dans Lotbinière», raconte Martine Turgeon du Centre-Femmes de Lotbinière. Lors de leur huitième journée de marche, le groupe se trouvait dans la région. À l’époque, elles avaient fait la une du journal local. «Pour la jeune intervenante que j’étais et pour la femme que je suis aujourd’hui, la Marche du pain et des roses est un moment inoubliable.»

«Il faut retenir les liens de solidarité qui ont été créés entre les femmes du Québec, cette compréhension féministe. Au-delà des différences, on est capable de travailler ensemble», conclut Mme David.

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